Feux de forêt et robotique : ce que les capteurs, la prévention et la technologie peuvent réellement apporter
Les feux de forêt et de brousse devraient devenir plus fréquents et plus intenses. Capteurs, drones, satellites, robots : que peuvent réellement faire ces technologies ? Ce guide fait le point, à l'occasion du FIRST Global Challenge 2026 consacré à ce thème.
En 2026, le thème du FIRST Global Challenge, la compétition internationale de robotique à laquelle participe la Team Benin, est « Igniting Innovation » : les feux de forêt. Pendant des mois, des lycéens du monde entier réfléchissent à la façon dont la technologie peut aider à détecter, combattre et prévenir ces incendies. Mais au-delà de la compétition, que peuvent vraiment apporter les capteurs, les drones, les satellites et les robots face au feu ? Et quelles sont leurs limites ?
Cet article propose une vue d'ensemble accessible, destinée aux élèves, aux enseignants et aux curieux. Il ne s'agit pas d'un guide technique pour lutter contre un incendie : en cas de feu, la priorité est toujours d'alerter les secours et de se mettre en sécurité. L'objectif est de comprendre les principes scientifiques et technologiques en jeu, et de réfléchir à ce qu'ils pourraient apporter dans un contexte comme celui du Bénin.
Un risque en augmentation
En février 2022, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et le centre GRID-Arendal ont publié un rapport intitulé Spreading like Wildfire: The Rising Threat of Extraordinary Landscape Fires. Selon ce rapport, les incendies extrêmes devraient augmenter de 14 % d'ici 2030, de 30 % d'ici 2050 et de 50 % d'ici 2100 à l'échelle mondiale. Le PNUE souligne que l'Afrique et d'autres régions en développement subissent des impacts disproportionnés, et que même l'Arctique, longtemps épargné, fait face à un risque croissant.
Le rapport insiste aussi sur un point essentiel : les gouvernements dépensent aujourd'hui l'essentiel de leurs moyens dans la lutte directe contre les incendies, et très peu dans la planification et la prévention. Le PNUE recommande une « formule Fire Ready » : consacrer deux tiers des dépenses à la planification, à la prévention, à la préparation et au rétablissement, et un tiers à l'intervention.
Cette recommandation donne un fil conducteur pour la suite : la technologie la plus utile n'est pas forcément celle qui éteint le feu, mais celle qui aide à l'éviter ou à le repérer très tôt.
Comprendre le feu : le triangle du feu
Pour qu'un feu existe, trois éléments doivent être réunis : un combustible (herbes sèches, feuilles, bois), un comburant (l'oxygène de l'air) et une source de chaleur (une flamme, une étincelle, une forte chaleur). On parle du triangle du feu. Supprimer l'un de ces trois éléments suffit à empêcher ou à arrêter la combustion.
Toutes les stratégies de prévention et de lutte reposent sur ce principe :
- réduire le combustible, par exemple en créant des coupe-feu ou en débroussaillant ;
- priver le feu d'oxygène, par exemple en le recouvrant de terre ou de mousse ;
- abaisser la chaleur, par exemple avec de l'eau.
Dans un feu de végétation, le vent, la sécheresse et le relief jouent aussi un rôle décisif dans la vitesse de propagation.
Détecter tôt : le rôle des capteurs
Plus un feu est détecté tôt, plus il est facile à maîtriser. C'est pourquoi une grande partie de la recherche technologique porte sur la détection.
Les capteurs au sol
Des capteurs électroniques peuvent mesurer en continu plusieurs grandeurs :
- la température : une hausse brutale peut signaler un départ de feu ;
- l'humidité de l'air et du sol : un air très sec augmente le risque ;
- la fumée et certains gaz, comme le monoxyde de carbone ;
- le rayonnement infrarouge, émis par les flammes et les zones chaudes.
Reliés entre eux par radio, ces capteurs peuvent former un réseau qui transmet une alerte automatique. C'est le principe de l'Internet des objets appliqué à l'environnement. Ces principes sont les mêmes que ceux qu'utilisent les élèves avec des cartes électroniques éducatives : un capteur mesure une valeur, un programme la compare à un seuil, et une action est déclenchée.
Les caméras et les tours de guet
Des caméras installées sur des points hauts peuvent surveiller de vastes zones. Certains systèmes utilisent des logiciels d'analyse d'images pour repérer automatiquement des panaches de fumée. Ils complètent, sans les remplacer, les observateurs humains et les signalements des habitants.
Les satellites
Des satellites d'observation de la Terre détectent les points chauds à la surface du globe grâce à des capteurs infrarouges. Ces données sont utilisées par des services de surveillance pour cartographier les feux actifs et les surfaces brûlées. Leur limite : la fréquence de passage et la résolution ne permettent pas toujours de repérer un petit départ de feu immédiatement.

Surveiller et intervenir : drones et robots
Les drones
Les drones sont de plus en plus utilisés autour des incendies. Équipés de caméras thermiques, ils peuvent survoler une zone dangereuse, repérer les foyers encore actifs, suivre la progression du front de flammes et aider les équipes au sol à décider où intervenir. Ils sont aussi utilisés après un incendie pour évaluer les dégâts.
Leurs limites sont réelles : autonomie de batterie limitée, sensibilité au vent et à la chaleur, réglementation de l'espace aérien, besoin de pilotes formés.
Les robots terrestres
Dans certains pays, des robots terrestres télécommandés, parfois équipés de lances à eau, sont utilisés pour approcher des zones trop dangereuses pour les pompiers, par exemple lors d'incendies industriels. Leur usage en pleine forêt reste plus limité, en raison des terrains accidentés, de la végétation dense et des contraintes d'approvisionnement en eau.
Ce qu'il faut retenir
Drones et robots ne remplacent pas les équipes humaines. Ils les assistent, en réduisant leur exposition au danger et en leur fournissant des informations. La décision, la coordination et l'intervention restent humaines.
Prévenir : là où la technologie est souvent la plus utile
Comme le souligne le PNUE, la prévention mérite davantage de moyens. La technologie peut y contribuer de plusieurs façons.
Cartographier les zones à risque
En combinant données météorologiques, humidité de la végétation, relief et historique des incendies, des outils de cartographie permettent d'identifier les zones et les périodes les plus exposées. Ces cartes aident à planifier la prévention et à alerter les populations.
Prévoir le danger
Des indices de danger d'incendie, calculés à partir de la température, de l'humidité, du vent et de la sécheresse, sont publiés par des services météorologiques dans de nombreux pays. Ils permettent d'adapter les consignes, par exemple d'interdire les feux pendant les périodes de risque élevé.
Aménager le territoire
Les coupe-feu, les bandes débroussaillées et la gestion de la végétation autour des habitations et des champs réduisent le combustible disponible. La technologie peut aider à planifier ces aménagements et à surveiller leur entretien.
Informer et former
Beaucoup de feux de végétation ont une origine humaine, accidentelle ou non. L'information des populations, les messages d'alerte par téléphone, les formations communautaires et l'éducation des jeunes sont des leviers de prévention essentiels. Ici, la technologie est un canal, mais le cœur du sujet reste humain.
Reconstruire après le feu
Le thème 2026 du FIRST Global Challenge inclut explicitement la reconstruction. Après un incendie, il faut évaluer les dégâts, protéger les sols de l'érosion, replanter, et accompagner les communautés touchées. Des images de drones ou de satellites aident à cartographier les zones brûlées. Des capteurs peuvent suivre la reprise de la végétation et l'humidité des sols. La restauration des écosystèmes, que le PNUE met aussi en avant, demande du temps et des connaissances locales.
Et au Bénin ?
Dans de nombreuses régions d'Afrique de l'Ouest, les feux de brousse sont une réalité saisonnière, liée à la saison sèche, aux pratiques agricoles et pastorales et parfois à des gestes accidentels. Ils peuvent avoir des conséquences sur les sols, la biodiversité, les récoltes et la santé.
Réfléchir à des solutions adaptées à ce contexte demande de tenir compte de plusieurs contraintes :
- le coût : une solution doit être abordable pour être déployée ;
- l'énergie : dans les zones rurales, l'alimentation solaire est souvent indispensable ;
- la connectivité : les réseaux de télécommunication ne couvrent pas toujours les zones concernées ;
- l'entretien : un capteur installé dans la nature doit pouvoir être réparé localement ;
- l'appropriation : une solution efficace associe les communautés, les agriculteurs, les éleveurs et les autorités locales.
C'est exactement le type de réflexion que le volet innovation du FIRST Global Challenge demande aux équipes : FIRST Global invite chaque équipe à développer des solutions aux problèmes liés au feu dans son propre pays.
Des idées de projets scolaires
Pour les enseignants et les clubs de robotique, le thème des feux de forêt offre de nombreuses pistes d'activités pédagogiques, à réaliser sans jamais manipuler de feu réel :
- une station de mesure avec une carte électronique, un capteur de température et d'humidité, qui allume une LED rouge quand l'air devient très chaud et sec ;
- un robot patrouilleur qui suit une ligne tracée au sol, représentant le bord d'une parcelle, et s'arrête lorsqu'il détecte une source de chaleur simulée, comme une lampe ;
- une carte des risques de la région réalisée à partir de données publiques ;
- une campagne de sensibilisation conçue par les élèves pour leur quartier ou leur village ;
- une réflexion design thinking : interroger des agriculteurs ou des éleveurs sur leurs pratiques et leurs besoins, puis imaginer une solution.
La sécurité doit rester la priorité absolue : aucune expérience ne doit impliquer de flamme réelle sans encadrement professionnel.

Les limites de la technologie
Il serait trompeur de présenter la technologie comme une solution miracle. Plusieurs limites méritent d'être rappelées :
- Une alerte ne sert à rien sans capacité d'intervention. Détecter un feu est inutile si personne ne peut agir rapidement.
- Les équipements coûtent cher et s'usent, surtout dans des environnements chauds, humides ou poussiéreux.
- Les fausses alertes peuvent décourager les utilisateurs si les seuils sont mal réglés.
- La dépendance à l'énergie et au réseau peut rendre un système inopérant au moment critique.
- Les causes profondes des incendies, liées aux pratiques, au climat et à l'aménagement du territoire, ne se règlent pas par un capteur.
La technologie est un outil au service d'une stratégie. Elle est d'autant plus efficace qu'elle s'inscrit dans une approche globale associant prévention, formation, organisation des secours et implication des communautés.
Questions fréquentes
Les robots peuvent-ils éteindre un feu de forêt ?
Des robots et des drones assistent déjà les pompiers dans certains pays, mais la lutte contre un feu de forêt reste une affaire d'équipes humaines, de moyens aériens et terrestres, et d'organisation.
Quelle est la technologie la plus utile ?
Selon le PNUE, l'effort le plus rentable porte sur la prévention et la préparation. Les outils de détection précoce et de cartographie des risques y contribuent fortement.
Que font les équipes au FIRST Global Challenge 2026 ?
Elles construisent un robot pour un jeu symbolisant la prévention, l'atténuation et la reconstruction, et développent des solutions pour leur pays dans le cadre du défi d'innovation.
Conclusion
Les feux de forêt et de brousse devraient devenir plus fréquents et plus intenses. Capteurs, caméras, satellites, drones et robots offrent de réelles possibilités pour détecter plus tôt, mieux surveiller et intervenir plus sûrement. Mais la leçon principale des experts est ailleurs : l'essentiel se joue en amont, dans la prévention, la préparation et la restauration des écosystèmes. La technologie n'a de sens que si elle sert une stratégie pensée avec les personnes concernées.
C'est tout l'enjeu du thème « Igniting Innovation » que la Team Benin affronte à Incheon en octobre 2026. Suivez son parcours sur la page dédiée.
