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3 femmes sur 43 : le parcours de Rachael Orumor et la création de femCoders

Dans sa promotion d'ingénieurs logiciel, elles n'étaient que trois femmes sur 43. De ce constat est née une mission : faire entrer davantage de filles dans la technologie. Retour sur le parcours de Rachael Orumor, de la création de femCoders en 2015 à la Team Benin.

femCoders · Cotonou, Bénin · Article 02 sur 30

Certaines vocations naissent d'un rêve d'enfance. D'autres naissent d'un constat. Celle de Rachael Orumor tient en un chiffre : dans sa promotion d'ingénieurs en développement logiciel, elles étaient trois femmes sur 43 étudiants. Ce déséquilibre aurait pu rester une anecdote de parcours. Il est devenu le point de départ d'une initiative qui forme depuis 2015 des jeunes béninois, en particulier des filles, à la programmation, à la robotique et aux sciences.

Cet article retrace ce parcours à partir de sources publiées : le portrait que lui a consacré FIRST Global, son profil public, les documents de femCoders et les articles de presse. Il ne s'agit pas d'une biographie exhaustive, mais d'un éclairage sur les choix qui ont façonné femCoders et sur ce qu'ils disent de l'accès des filles à la technologie.

Une ingénieure dans une filière presque masculine

Selon le portrait publié par FIRST Global en 2021, le parcours de Rachael commence lorsqu'elle entreprend des études pour devenir ingénieure logiciel. Sur les 43 étudiants de sa classe, seules trois sont des femmes. C'est à ce moment, précise FIRST Global, qu'elle décide de faire de l'engagement des filles dans les métiers technologiques sa mission.

Ce type d'expérience est fréquent chez les femmes qui travaillent dans le numérique, en Afrique comme ailleurs. Être l'une des rares femmes d'une promotion oblige à prouver davantage, à affronter des remarques ou des regards sceptiques, et à avancer souvent sans modèle féminin à qui s'identifier. Beaucoup abandonnent en route. Celles qui persévèrent développent parfois une conscience aiguë de ce qui manque aux suivantes : des pairs, des mentores, des espaces où l'on a le droit d'essayer et de se tromper.

Sur son profil professionnel, Rachael Orumor se présente comme ingénieure en développement logiciel avec plus de dix ans d'expérience en recherche et développement, entrepreneure dans le secteur numérique et consultante dans les domaines du logiciel et de la robotique.

2015 : la naissance de femCoders

Le nom femCoders est une contraction de « female coders », c'est-à-dire programmeuses. L'initiative est lancée en 2015 au Bénin. Sa description publique indique qu'il s'agit de former des femmes afin qu'elles accompagnent à leur tour les jeunes filles et les enfants dans le numérique : initiation à la robotique, logique de programmation, jeux en Blockly et Scratch, dessin et impression 3D, création de sites web en HTML.

Ce choix de départ est important. Plutôt que de former directement quelques élèves, femCoders mise sur un effet multiplicateur : former des femmes qui deviendront à leur tour formatrices dans leurs communautés. Cette logique de transmission se retrouve encore aujourd'hui dans plusieurs programmes de l'initiative.

Le portrait de FIRST Global décrit femCoders comme une initiative portée par des femmes, avec un objectif principal : organiser des programmes gratuits après les cours pour intéresser les adolescents, et en particulier les filles, aux domaines technologiques. Le rapport GISWatch consacré au Bénin reprend cette description en évoquant une initiative primée, dirigée par une femme, qui expose les filles aux technologies numériques.

2017 : la première Team Benin et un constat inattendu

En 2017, une nouvelle compétition internationale voit le jour : le FIRST Global Challenge, souvent décrit comme les « Jeux olympiques de la robotique ». Chaque pays y est représenté par une équipe de lycéens. La première édition se tient à Washington, du 16 au 18 juillet 2017, autour du thème de l'accès à l'eau potable.

Rachael Orumor est choisie pour encadrer l'équipe du Bénin. Elle y voit, selon FIRST Global, une occasion de faire avancer sa mission. Pourtant, malgré ses efforts, elle ne parvient à recruter aucune fille pour l'équipe nationale cette année-là. Elle n'arrive pas à susciter leur enthousiasme pour la technologie. L'équipe qui part à Washington est donc composée de sept garçons.

Le résultat sportif est remarquable. D'après FIRST Global, l'équipe béninoise se classe septième sur 163 équipes et c'est la seule équipe d'Afrique à figurer dans le top 10. Mais pour Rachael, la leçon principale est ailleurs : si les filles ne se présentent pas pour une telle aventure, c'est qu'il faut aller les chercher plus tôt, et leur montrer concrètement ce que la technologie permet de faire.

Deux jeunes membres de la Team Benin en polo bleu posent avec le drapeau béninois devant un écran FIRST Global lors de la compétition de 2017
Washington, 2017 : la première Team Benin au FIRST Global Challenge.

Après Washington : le Girls-Focused Robotics Training Programme

À son retour, Rachael est, selon les mots de FIRST Global, inspirée. Elle considère que l'expérience a été une occasion remarquable pour la jeunesse africaine de montrer son talent, et veut multiplier ce type d'opportunités.

Avec l'appui de l'équipe américaine Team Inspiration (FTC #11128), qui conseillait la Team Benin, femCoders obtient une subvention de l'Ambassade des États-Unis à Cotonou pour créer le Girls-Focused Robotics Training Programme, ou GFRTP. Le principe : un programme de six semaines au cours duquel les élèves apprennent à assembler un robot mBot, à le programmer avec le logiciel mBlock, tout en développant leur anglais et d'autres compétences transversales.

FIRST Global indique que 380 élèves ont été formés au départ, dont 280 filles, et qu'après le programme, plus de la moitié d'entre eux envisageaient une profession liée aux STEM. Certaines de ces jeunes femmes sont ensuite devenues formatrices en robotique dans leur communauté, et certaines ont rejoint la Team Benin pour participer au FIRST Global Challenge 2018 à Mexico.

Le cercle se referme : un an après avoir cherché en vain des filles pour son équipe, Rachael voit des participantes du GFRTP porter les couleurs du Bénin sur la scène internationale.

Une formatrice vue de dos, en t-shirt blanc portant les hashtags EducToutesFilles et femCoders15, se tient devant une bannière du programme GFRTP
Une formatrice du GFRTP ; au dos, les hashtags du programme.

Une méthode : apprendre en construisant

Ce qui frappe dans l'approche de femCoders, c'est le refus de l'abstraction. Les élèves ne se contentent pas d'écouter un exposé sur la robotique : ils montent un robot, le programment, le testent, le réparent. Le document de présentation du GFRTP publié par femCoders en 2018 explique que le programme se divise en deux volets, un volet robotique et un volet anglais axé sur l'expression orale, pour compléter ce que les élèves apprennent en cours.

Pourquoi l'anglais ? Parce que l'essentiel de la documentation technique, des tutoriels et des compétitions internationales se déroule dans cette langue. Pour des élèves francophones, pouvoir lire une notice, échanger avec une équipe étrangère ou présenter son robot à un jury anglophone est un atout décisif. C'est aussi une façon de préparer celles et ceux qui rejoindront un jour la Team Benin.

De Cotonou à Parakou, puis au-delà

Au fil des années, l'action de femCoders s'est élargie. Selon le catalogue de partenariat 2026 de l'initiative, les formations en science robotique, en programmation et en anglais ont concerné six CEG et lycées de Cotonou et six CEG de Parakou. femCoders a aussi organisé plus de dix expositions robotiques dans ces deux villes et, en 2019, le premier concours national de robotique du Bénin, le BeninBot Challenge, à Sèmè City.

Plus récemment, l'initiative 10for250, menée en partenariat avec l'Ambassade des États-Unis au Bénin, permet à dix ONG à travers le pays d'offrir des formations en STEM et en robotique. Chaque ONG forme des volontaires qui enseignent ensuite à 25 filles issues des collèges d'enseignement général de leur communauté. On retrouve la même idée qu'en 2015 : former des personnes relais pour toucher davantage de jeunes.

La page officielle de la Team Benin 2026 sur le site de FIRST Global indique que la FemCoders Initiative, programme de l'ONG Rachael Orumor, a initié plus de 1 500 jeunes à travers le Bénin à la robotique et aux disciplines STEM.

Une femme de réseaux

Le parcours de Rachael Orumor ne se limite pas à femCoders. Son profil public mentionne notamment :

  • sa participation au programme YALI (Young African Leaders Initiative), dans le cadre de la Mandela Washington Fellowship ;
  • une mission de consultante pour ONU Femmes en 2022, consacrée à l'élaboration d'un curriculum pour l'initiative African Girls Can Code ;
  • des missions saisonnières auprès de l'Organisation internationale de la Francophonie pour des programmes d'innovation technologique ;
  • un rôle de vice-présidente au sein de l'African ICT Foundation ;
  • du mentorat bénévole dans des communautés comme Women in Tech Africa et Google Women Techmakers.

La Women's Entrepreneurship Day Organization (WEDO) la présente par ailleurs comme ambassadrice pour le Bénin, fondatrice de Soft Digital et de la femCoders Initiative, et mentor de l'équipe béninoise de robotique FIRST Global.

Ces engagements expliquent en partie la capacité de femCoders à nouer des partenariats internationaux, avec l'Ambassade des États-Unis, avec des équipes de robotique de San Diego comme Team Inspiration et Team Spyder, ou avec FIRST Global.

Rachael Orumor, en veste rose, s'exprime devant plusieurs micros lors d'une conférence de presse
Rachael Orumor, fondatrice de femCoders et mentor principale de la Team Benin.

Ce que ce parcours nous apprend

Le déséquilibre se prépare bien avant l'université

Trois femmes sur 43 dans une promotion d'ingénieurs : ce chiffre n'est pas le fruit d'une sélection à l'entrée de l'école. Il résulte de dizaines de micro-décisions prises au collège et au lycée, par les élèves, leurs familles et leurs enseignants. En 2017, l'impossibilité de recruter des filles pour la Team Benin confirmait la même réalité. L'action la plus efficace se situe donc en amont, auprès des collégiennes et des lycéennes.

Montrer plutôt que convaincre

Rachael n'a pas réussi à convaincre des filles de rejoindre l'équipe en 2017 par la parole. C'est la pratique, à travers le GFRTP, qui a changé les choses. Une élève qui a monté et programmé un robot sait qu'elle en est capable. Cette preuve par l'expérience vaut mieux que n'importe quel discours de motivation.

La transmission démultiplie l'impact

Former des formatrices, puis des ONG relais : femCoders a construit son modèle sur la transmission. Chaque personne formée devient potentiellement un point d'accès pour d'autres jeunes. C'est aussi une manière de créer des modèles proches, auxquels les élèves peuvent s'identifier.

Les partenariats internationaux ouvrent des portes

Le résultat de 2017 a servi de levier pour obtenir le soutien de l'Ambassade des États-Unis et l'appui technique d'équipes américaines. Une performance visible sur la scène internationale peut ainsi se transformer en ressources concrètes pour former des centaines d'élèves au pays.

Tenir dans la durée

Créer une initiative est une chose ; la faire vivre pendant plus de dix ans en est une autre. La page LinkedIn de femCoders le reconnaît sans détour : l'initiative a travaillé dans des conditions difficiles et malgré d'importantes contraintes financières, tout en continuant d'apporter un appui technique aux personnes et associations qui renforcent les capacités des femmes et des enfants dans le numérique.

Cette réalité est commune à beaucoup d'organisations éducatives en Afrique de l'Ouest. Le matériel robotique coûte cher, souvent importé. Les déplacements vers les compétitions internationales représentent des budgets considérables : billets d'avion, visas, hébergement, transport du robot. Les financements sont souvent ponctuels, liés à un projet ou à une année. Maintenir une équipe de formateurs et un calendrier régulier d'ateliers demande donc une énergie constante de recherche de partenaires.

La même page indique d'ailleurs que femCoders cherche des financements pour permettre aux élèves de vivre l'expérience immersive des compétitions internationales comme FIRST Global. Chaque départ de la Team Benin est ainsi le résultat d'une mobilisation qui dépasse largement les murs de l'atelier.

Questions fréquentes

femCoders est-elle une entreprise ou une ONG ?

femCoders est présentée comme une initiative portée par l'ONG Rachael Orumor. La page de la Team Benin 2026 sur le site de FIRST Global la décrit comme un programme de cette ONG.

Rachael Orumor encadre-t-elle toujours la Team Benin ?

Oui. Les documents de femCoders pour 2026 et la page Team Benin de FIRST Global indiquent que l'équipe est formée et accompagnée par la FemCoders Initiative, dont elle est la fondatrice. La presse béninoise, notamment Afrikyf en septembre 2026, la présente comme fondatrice et directrice de l'initiative.

Pourquoi le nom femCoders ?

C'est la contraction de « female coders », programmeuses en anglais. Le nom traduit l'objectif de départ : former des femmes au code pour qu'elles transmettent à leur tour ce savoir aux filles et aux enfants.

Et maintenant ?

En 2026, la Team Benin, formée et encadrée par femCoders, se prépare pour le FIRST Global Challenge organisé à Incheon, en République de Corée, du 7 au 10 octobre, autour du thème « Igniting Innovation » consacré aux feux de forêt. C'est la dixième édition de la compétition, et le Bénin y participe depuis la première.

Le chemin parcouru depuis la promotion aux trois étudiantes est considérable. Mais le constat de départ reste d'actualité : les filles demeurent minoritaires dans les filières technologiques, et chaque programme qui leur donne l'occasion d'essayer compte.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l'histoire de femCoders, rencontrer l'équipe ou soutenir ses programmes, rendez-vous sur les pages consacrées à l'initiative et à ses partenaires.