Pourquoi investir dans la formation STEM des filles en Afrique de l'Ouest
Financer la formation des filles aux sciences et à la technologie n'est pas un geste symbolique. C'est un investissement dans des compétences, des talents et des solutions locales. Voici les arguments, les critères pour choisir un programme et les formes d'engagement possibles.
Les entreprises, fondations et institutions reçoivent chaque année de nombreuses demandes de soutien. Pourquoi privilégier la formation des filles aux STEM, c'est-à-dire aux sciences, à la technologie, à l'ingénierie et aux mathématiques ? Et comment s'assurer qu'un financement produit réellement des effets, au-delà d'une photo de remise de chèque ?
Cet article s'adresse aux décideurs qui envisagent un engagement dans l'éducation en Afrique de l'Ouest : responsables RSE, fondations d'entreprise, représentations diplomatiques, bailleurs et investisseurs à impact. Il rassemble les arguments, les critères de choix d'un programme et les formes de partenariat possibles, en s'appuyant sur des données publiées et sur l'expérience de femCoders au Bénin depuis 2015. Nous évitons volontairement les promesses chiffrées de retour sur investissement : l'impact éducatif se mesure, mais il se construit sur la durée et dépend de la qualité des programmes.
Un déséquilibre réel, qui se construit tôt
Selon l'Institut de statistique de l'UNESCO, les femmes représentent environ un tiers des chercheurs dans le monde, 33,3 % d'après des données de 107 pays sur la période 2015-2018. La même source montre que certains pays africains ont nettement progressé, comme le Sénégal, passé de 10 % à 29 % de femmes chercheuses entre 2006 et 2015, ou l'Afrique du Sud, qui a atteint la parité.
Ce déséquilibre ne commence pas à l'université. Il se forme au collège et au lycée, lorsque les élèves choisissent leurs séries et construisent leur confiance dans les matières scientifiques. C'est donc à ce moment que l'intervention a le plus de levier. Un financement qui cible les collégiennes et les lycéennes agit sur la source du problème, pas seulement sur ses conséquences.
L'histoire de femCoders illustre cette réalité. En 2017, pour la première édition du FIRST Global Challenge, sa fondatrice Rachael Orumor ne parvient à recruter aucune fille dans l'équipe nationale béninoise, selon FIRST Global. L'équipe, composée de sept garçons, termine septième sur 163 équipes. La leçon est claire : sans action en amont, les filles ne se présentent pas, même pour une aventure internationale.
Cinq raisons d'investir
1. Un vivier de talents sous-exploité
Chaque fille qui renonce aux sciences faute d'encouragement ou d'accès représente un talent perdu pour l'économie, la recherche et l'innovation locales. Les secteurs en croissance en Afrique de l'Ouest, télécommunications, énergie, agriculture modernisée, services numériques, santé, ont besoin de compétences techniques. Élargir le vivier en incluant pleinement les filles est une question d'efficacité autant que d'équité.
2. Des solutions pensées localement
Les jeunes formés aux sciences et à la technologie sont les mieux placés pour concevoir des solutions adaptées à leur environnement. Les défis du FIRST Global Challenge, auxquels la Team Benin participe, invitent précisément les élèves à réfléchir à des enjeux concrets : l'eau potable, l'énergie, la biodiversité, les feux de forêt. Pour l'édition 2025 consacrée à la biodiversité, la Team Benin indiquait vouloir imaginer des technologies pour explorer, comprendre et protéger la biodiversité au Bénin.
3. Un effet multiplicateur
Les programmes bien conçus ne s'arrêtent pas aux élèves directement formés. Chez femCoders, des participantes du GFRTP sont devenues formatrices dans leur communauté, selon FIRST Global. L'initiative 10for250, menée avec l'Ambassade des États-Unis au Bénin, forme les volontaires de dix ONG qui enseignent ensuite à 25 filles chacune. Chaque franc investi dans la formation de formateurs continue donc de produire des effets après la fin du financement initial.
4. Des modèles pour les générations suivantes
Une jeune femme qui réussit en sciences devient un modèle pour ses sœurs, ses cousines, ses voisines et ses camarades. Cet effet de démonstration est difficile à chiffrer, mais il compte parmi les plus durables. Les éducateurs le constatent : les élèves s'identifient plus facilement à une personne proche d'elles qu'à une figure lointaine.
5. Une cohérence avec les engagements internationaux
L'éducation de qualité (objectif de développement durable n° 4), l'égalité entre les sexes (ODD 5), l'innovation (ODD 9) et les partenariats (ODD 17) figurent parmi les engagements partagés par de nombreuses entreprises et institutions. Soutenir la formation STEM des filles permet de contribuer concrètement à plusieurs de ces objectifs à la fois, avec des résultats observables.

Ce qu'un bon programme doit démontrer
Tous les programmes ne se valent pas. Avant de s'engager, un financeur a intérêt à vérifier plusieurs points.
Une pratique réelle, pas seulement de la sensibilisation
Les conférences inspirantes ont leur utilité, mais les compétences se construisent en pratiquant. Un bon programme met du matériel entre les mains des élèves, sur une durée suffisante. Le GFRTP de femCoders, par exemple, s'étend sur six semaines : les élèves assemblent un robot mBot, le programment avec mBlock et travaillent en parallèle leur anglais et leurs compétences transversales.
Un ciblage clair
Le programme dit-il qui il touche, où et pourquoi ? femCoders cible prioritairement les filles des collèges et lycées, dans le sud comme dans le nord du Bénin. Son catalogue 2026 mentionne des formations dans six CEG et lycées de Cotonou et six CEG de Parakou, avec 70 % de filles parmi les élèves concernés.
Des résultats mesurés
Un programme sérieux mesure ce qu'il fait : nombre d'élèves, part de filles, taux de participation jusqu'à la fin, évolution de l'intérêt pour les STEM. Pour le GFRTP, FIRST Global rapporte que sur 380 élèves formés initialement, 280 étaient des filles, et que plus de la moitié des participants envisageaient ensuite une profession liée aux STEM. Ce type d'indicateur, même simple, permet de suivre l'impact dans le temps.
Des partenaires crédibles
Les soutiens déjà obtenus renseignent sur la solidité d'un programme. femCoders a bénéficié d'une subvention de l'Ambassade des États-Unis pour créer le GFRTP, d'un appui technique d'équipes de robotique de San Diego comme Team Inspiration et Team Spyder, et accompagne chaque année la Team Benin au sein du réseau FIRST Global.
Une vision de la durée
Le programme prévoit-il une suite pour les élèves ? Clubs, compétitions, mentorat, formation de formatrices : ces étapes transforment une expérience ponctuelle en parcours. Elles garantissent aussi que l'investissement ne s'éteint pas avec la dernière séance.
De la transparence
Un partenaire doit pouvoir savoir comment les fonds sont utilisés et recevoir des comptes rendus réguliers. C'est une condition de confiance, et un gage de professionnalisme de la part de l'organisation soutenue.
Mesurer l'impact : quels indicateurs suivre
Un partenariat solide repose sur des indicateurs partagés dès le départ. Sans prétendre à l'exhaustivité, voici ceux qui sont à la fois simples à collecter et parlants :
- Portée : nombre d'élèves inscrits, nombre d'établissements, répartition par ville et par sexe.
- Assiduité : proportion d'élèves qui suivent le programme jusqu'au bout.
- Compétences : réalisation des défis prévus, capacité à expliquer son programme, attestations délivrées.
- Intérêt et projection : évolution de l'intérêt pour les sciences et des intentions d'orientation, mesurée par un court questionnaire avant et après. C'est ce type d'indicateur qui a permis de montrer que plus de la moitié des élèves du GFRTP envisageaient un métier STEM après la formation.
- Suites : nombre d'élèves qui rejoignent un club, une compétition ou deviennent formatrices.
Ces données doivent être recueillies dans le respect de la vie privée des élèves, en particulier des mineurs, et présentées de manière agrégée.
Les formes d'engagement possibles
Il existe de nombreuses manières de soutenir la formation STEM des filles, adaptées à des moyens et des objectifs différents.
- Financer une cohorte de formation. Prendre en charge un programme complet dans un établissement : formateurs, matériel, supports pédagogiques.
- Équiper une école. Fournir des kits robotiques et des manuels pour créer un club durable.
- Sponsoriser une équipe de compétition. Soutenir la participation d'une équipe nationale à une compétition internationale, avec une visibilité associée auprès d'un public mondial. Le FIRST Global Challenge 2026 réunit plus de 190 équipes nationales à Incheon.
- Soutenir la formation de formateurs. Financer des dispositifs comme 10for250, qui démultiplient l'impact.
- Offrir du mécénat de compétences. Permettre à vos collaboratrices et collaborateurs de devenir mentors, d'intervenir en classe ou d'accueillir des élèves en visite.
- Donner du matériel. Ordinateurs, pièces, outils : du matériel en bon état peut équiper un atelier.

Ce qu'un partenaire peut raisonnablement attendre
Il est important de fixer des attentes réalistes. Un programme de formation STEM ne transformera pas, en une année, les statistiques nationales. En revanche, un partenaire peut attendre :
- des indicateurs clairs sur les élèves touchés et leur profil ;
- des comptes rendus réguliers, illustrés de photos et de retours d'élèves recueillis avec leur consentement et celui de leurs parents ;
- une visibilité proportionnée et respectueuse, sans instrumentalisation des jeunes ;
- des occasions de rencontrer les élèves, par exemple lors d'expositions ou de remises d'attestations ;
- une utilisation transparente des fonds.
À l'inverse, un partenaire doit se méfier des programmes qui promettent des résultats spectaculaires sans méthode ni mesure, ou qui ne peuvent pas expliquer comment ils utilisent les financements.
Les pièges à éviter
Financer uniquement l'événementiel
Une journée de sensibilisation très médiatisée peut créer de l'enthousiasme, mais sans suite pratique, l'effet s'estompe vite. Mieux vaut associer tout événement à un programme de formation durable.
Imposer un calendrier trop court
Les compétences se construisent sur plusieurs mois. Un financement étalé sur plusieurs années, même modeste, a souvent plus d'effet qu'un apport ponctuel important.
Négliger les coûts cachés
Le matériel s'use, les batteries doivent être remplacées, les formateurs doivent être rémunérés ou au minimum défrayés. Un bon partenariat prévoit ces dépenses de fonctionnement, sans lesquelles les équipements restent dans les placards.
Réduire les filles à un récit de sauvetage
Les jeunes filles formées ne sont pas des bénéficiaires passives. Elles construisent, programment, présentent et concourent. Une communication qui valorise leurs compétences et leur travail est plus juste et plus efficace qu'un récit misérabiliste.
Pourquoi le Bénin, pourquoi maintenant
Le Bénin dispose d'un écosystème numérique dynamique, avec de nombreuses startups et initiatives. Le rapport GISWatch consacré au pays cite femCoders parmi les initiatives qui promeuvent la participation des femmes dans un domaine encore dominé par les hommes, tout en soulignant que ces initiatives, à elles seules, ne suffiront pas à combler les écarts sans politiques publiques dédiées. C'est précisément là que les partenariats entre acteurs privés, institutions et organisations de terrain prennent leur sens.
L'actualité offre aussi une fenêtre de visibilité. En octobre 2026, la Team Benin formée par femCoders participe au FIRST Global Challenge à Incheon, en République de Corée, autour du thème des feux de forêt. Ce type d'événement attire l'attention des médias et du public sur les jeunes talents béninois.
Questions fréquentes
Quel budget faut-il pour s'engager ?
Il n'y a pas de montant minimum universel. Un partenariat peut aller du don de matériel au financement pluriannuel d'un programme. Le plus simple est d'échanger avec l'organisation pour identifier ce qui correspond à vos moyens et à vos objectifs.
Peut-on suivre l'utilisation des fonds ?
Vous pouvez et devez le demander. Un programme sérieux accepte de rendre compte des dépenses et des résultats de manière régulière.
Peut-on associer ses collaborateurs ?
Oui. Le mécénat de compétences, les interventions en classe, le mentorat et l'accueil d'élèves en visite sont des formes d'engagement très appréciées par les élèves, qui y trouvent des modèles concrets.
Conclusion
Investir dans la formation STEM des filles en Afrique de l'Ouest, c'est agir sur un déséquilibre réel à l'endroit où il se forme : au collège et au lycée. Les arguments sont nombreux : talents sous-exploités, solutions locales, effet multiplicateur, modèles pour les générations suivantes, cohérence avec les engagements internationaux. Pour que cet investissement porte ses fruits, il faut choisir des programmes fondés sur la pratique, clairement ciblés, mesurés, soutenus par des partenaires crédibles et pensés dans la durée.
Si vous souhaitez explorer un partenariat avec femCoders, qu'il s'agisse de financer une cohorte, d'équiper une école, de soutenir la Team Benin ou d'offrir du mécénat de compétences, la page Partenaires présente les différentes formules et permet de prendre contact.
